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Territoires, révéler la ville par le paysage, Agence Ter, Henri Bava, Michel Hoessler, Olivier Philippe

   
Auteur : Lisa Diedrich
Editeur : Birkhäuser
Date de dépôt : 2009

Le 11 mai 2010, ouvrait au public la première tranche du parc de Billancourt à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) aménagé sur l’ancien site de la régie Renault. Ce parc d’une conception respectueuse du développement durable et favorisant la biodiversité est dû à l’agence de paysagistes TER, fondée à Paris en 1986 par Henri Bava (né en 1957), Michel Hoessler (né en 1958) et Olivier Philippe (né en 1954), dans un contexte porteur pour l’aménagement du territoire en Europe et en particulier en France où les réflexions sur la question urbaine sont de pleine actualité. Ces concepteurs travaillent rapidement à l’échelle du territoire européen. En France, ils sont notamment connus pour le jardin des Acacias à Nanterre (Hauts-de-Seine) pour lequel ils ont obtenu le Trophée du paysage en 1991 et par les Parisiens pour le jardin Louis Majorelle. Avec le nom « TER », cette agence affirme la reconnaissance de la terre comme élément fondateur de tous les projets grâce à ses multiples potentialités, mais aussi la primordialité du rapport au terroir et au territoire, dans une notion de paysage au sens large.

Cette monographie des éditions Birkhäuser (2009) propose de mieux connaître leur uvre, qu’il s’agisse de projets non réalisés ou au contraire d’aménagements reconnus. Outre la France, cette agence intervient dans des pays comme l’Angleterre, l’Allemagne, le royaume de Bahreïn, l’Espagne, l’Irlande, le Maroc, la Suisse Devant ce champ d’action international, une deuxième agence voit le jour à Kourou (Guyane française) en 1988, puis une troisième en 2000 à Karlsruhe (Allemagne).

Ce livre place le travail de l’agence TER au sein de la notion de « l’entre-ville » et surtout de la réflexion paysagère au sein des problématiques urbanistiques. Il est composé suivant trois chapitres correspondant à autant de postulats propres à l’agence : horizons multiples (compréhension du paysage), territoires en mouvement (insertion dans les territoires) et open source systems (création de systèmes ouverts). Chaque chapitre est introduit par un essai sur plusieurs pages de l’un des trois associés. Ainsi, Henri Bava confie que « la rencontre physique avec le site reste un moment essentiel dans le processus du projet de paysage » et qu’« à partir du sol et de son caractère apparaissent des lignes de force qui vont articuler la composition du projet » et surtout que « quelle que soit la tenue intellectuelle qui a présidé au projet, sa réussite ne peut s’évaluer qu’à l’aune de son appropriation par les utilisateurs, ce qui demeure, à chaque expérience, un défi » car le principal souci est bien « d’offrir aux hommes un paysage habitable ». Olivier Philippe disserte sur les flux et les sens. A ce propos, il reconnaît que « nous passons indubitablement de l’ère du tuyau à celle du relais et du capteur. Cette profonde transformation n’est pas anodine dans l’exercice de notre métier. » Il précise aussi que « l’instrumentalisation des fonctions ou des contraintes techniques par le simple jeu de leur confrontation ou de leur détournement est une source fréquente d’inspiration dans la quête poétique propre aux projets de l’agence ». Enfin, Michel Hoessler affirme que « « Landscape oriented urbanism » est le néologisme qui exprime le mieux notre pensée, celle d’un urbanisme où « prime » le paysage ». Il ajoute sur son travail que « le paysagiste doit pouvoir laisser la « porte ouverte » à d’autres initiatives tout en tenant ferme le cap initial ».

Tous les chapitres sont illustrés par différents projets avec une photographie aérienne du site considéré afin de comprendre l’insertion dans le territoire. Une présentation du projet est faite sur la première page avec une descriptif synthétique reprenant programme, maître d’ouvrage, surface, dates du concours et de la réalisation, le budget et les distinctions éventuelles.

Parmi les projets à l’honneur dans les pages, figure notamment le parc des Cormailles à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), établi sur une ancienne friche industrielle et constitué d’une vaste étendue plate de gazon surplombée par un belvédère réalisé avec la butte des remblais du site issus de la destruction des usines. Les enfants disposent de jardins d’école et d’une aire de jeux inscrite dans une grande corbeille métallique tandis qu’un jardin des Sables et un long canal y évoquent également la vallée de la Seine. Ce même fleuve, est au cur du projet du parc de Billancourt qui porte encore dans ce livre le nom provisoire de « parc du Trapèze ». Il est imaginé comme un « vase d’expansion des crues de la Seine » sur 7 hectares à terme. Le niveau d’eau de son bassin, imaginé comme une boire (bras mort de la Loire), est défini en fonction des eaux qu’il recueille (eaux permanentes, pluies, orages, crues annuelles, crues décennales et centenaires). Suivant celles-ci, le parc prend alors une géographie insulaire spécifique en faisant apparaître différentes îles plantées d’essences mono-spécifiques (bouleaux, cerisiers). Un vocabulaire sui generis à l’eau se retrouve dans le parc : gravière, îles, marais, tourbière, darse, noue A Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), le parc Elie Lotar fait face au canal Saint-Denis et collecte, lui aussi, les eaux pluviales dans une frange drainante plantée de saules et graminées. Il comporte notamment une roseraie en pergola sur une longueur de 130 mètres. Il est toujours question d’eau au parc Acqua-Magica à Bad Oeynhausen-Löhne (Allemagne). En effet, dans un territoire marqué par les eaux souterraines aux vertus thermales, l’agence a réalisé un parc intercommunal devant accueillir un festival de jardins, en prenant le parti de laisser l’eau à l’air libre et surtout de faire découvrir les strates du sous-sol. Pour cela, il comporte un parcours aquatique, des bassins, un ponton et surtout, au cur d’un jardin creux planté d’amélanchiers, un étonnant cratère artificiel, réalisé en gabions et en acier Corten permettant de descendre 20 mètres plus bas d’où jaillit un impressionnant geyser. L’acier Corten est d’ailleurs le matériau que l’agence a choisi d’utiliser sous la forme de 72 étonnantes lanières verticales (constituant des figures semblant danser ou habiter le lieu), mais recouvrant aussi le sol et composant le mobilier dans le jardin « floor works » à Genève (Suisse). Sa couleur rouge et rouille permet de trancher avec le vert de la végétation. Cette teinte est aussi exploitée dans le giratoire de la Vache noire à Arcueil (Val-de-Marne) réalisé avec des lauzes rouges du Brésil, délimité par une bande toujours en acier Corten et avec les feuilles caduques de 42 métaséquoias. Avec le parking-réservoir de l’arrière-plage du Verdon à Martigues (Bouches-du-Rhône), les paysagistes ont mis en scène un parking sur des terrasses successives, suivant la pente du cours d’eau jusqu’à la plage de l’anse du Verdon, tout en régulant les eaux responsables d’inondations. La végétation et l’ombre sont assurées par des albizzias et des palmiers des Canaries, tandis que le bassin de rétention est engazonné. Pour la mine de Zollverein (Allemagne), l’équipe a imaginé un Masterplan des espaces verts pour requalifier ce site classé au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco. Elle y a par ailleurs réalisé le parking de l’entrée sud, la place des fêtes multifonctionnelle et le chemin sur la digue. Au fil des présentations, les photographies dévoilent l’esthétique et la composition des projets, ainsi que leur vie et notamment la nuit avec des visions vespérales et donc l’éclairage de sites comme la terrasse creusée de la Fondation Louis Jantet à Genève (Suisse), les « prés-hauts » de la place König-Heinrich à Duisbourg (Allemagne) ou encore les luminaires intégrés dans le sol de la place des fêtes multifonctionnelle de la mine de Zollverein (Allemagne). L’éclairage est aussi au cur du parc Lucie Aubrac aux Lilas (Seine-Saint-Denis) avec les verrières colorées de la galerie composant au sol un jeu de lumières, avec la course du soleil et la nuit les mots phosphorescents de poèmes au fond des puits.

Il est impossible de présenter par ces quelques lignes l’ensemble des projets développés dans cet ouvrage, mais il est à signaler parmi les travaux de l’agence TER des opérations de grande envergure comme la conception et l’aménagement d’un quartier d’habitat d’Euralille 2 (Nord), l’aménagement urbain des anciens terrains du Printemps à l’Ile Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), l’étude du développement de l’île de Cayenne (Guyane française) ou l’insertion paysagère du viaduc de Millau (Aveyron). Cette monographie montre aussi des projets non réalisés tels que ceux des concours pour le parc du Chemin de l’île à Nanterre (Hauts-de-Seine), pour le jardin des Halles* (Paris) et pour la transformation du parking du Mont Saint-Michel (Manche). D’autres projets en cours concernent la domestication des grandes infrastructures dans Paris Nord-Est, le Masterplan d’un nouveau quartier métropolitain à Casablanca (Maroc) ou encore l’aménagement du parc Malbosc à Montpellier (Hérault), où l’équipe a choisi d’affirmer le caractère typique d’un paysage de milieu méditerranéen avec la plantation de thyms, romarins, pins parasols, chênes verts, vergers secs

Plans, perspectives en couleurs et maquettes dévoilent pour chaque projet un peu plus de détails techniques. Au fil de l’iconographie, se remarque dans une majorité d’études la prépondérance de l’eau (canaux, bassins, brumisateurs, jets d’eau), des grandes pelouses, des platelages, pontons et passerelles et une sobriété dans les matériaux employés mais toujours dans une esthétique très contemporaine. La palette végétale se compose d’érables, de graminées, de Prunus sargentii, de merisiers, de sagine, de vivaces

En dernière partie d’ouvrage, l’agence TER est présentée avec les biographies des trois associés [qui à tour de rôle sont tous intervenus comme enseignants à l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage à Versailles (Yvelines)], les équipes avec les chefs d’agence et de projets, sans oublier les anciens collaborateurs. Les prix et distinctions remportés sont listés, parmi lesquels le grand prix national du paysage 2007 pour le parc des Cormailles. L’agence est présentée dans ses locaux et au travers de ses réalisations, tout en insistant sur l’importance de l’hydrographie dans son travail. Les projets, études et réalisations de 1986 à 2008 sont également dévoilés chronologiquement.

Ce livre montre les différentes échelles d’intervention d’une agence de concepteurs et le travail du paysagiste au cur du territoire qui, selon l’auteur de cet ouvrage, Lisa Diedrich, serait « peut-être la seule liaison profonde » nous restant « au lieu d’une religion, comme ancrage au monde ». Mais il est peut-être encore plus simple de devenir visiteur et de se rendre dans les allées de leurs réalisations, à l’instar de celles du parc de Billancourt, dont la première tranche a été inaugurée le 5 juin 2010 pour « Rendez-vous aux jardins ».

* Plus d’informations

Pour en savoir davantage sur le jardin cité dans cette notice, il suffit d’un simple clic sur le lien suivant :

Jardin des Halles



© Conservatoire des Jardins et Paysages / avril 2010

 
200 pages - 59.00 €
     
   
   
   
 
   
 
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