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Les années Trianon

   
Auteur : Catherine Hermary-Vieille
Editeur : Albin Michel
Date de dépôt : novembre 2009

La reine Marie-Antoinette (1755-1793) est un personnage inspirant autant le cinéma que la littérature. L’année 2006 a été marquée par le film « Marie-Antoinette » de Sofia Coppola et un certain nombre d’expositions à Bordeaux (Gironde), Paris et Versailles (Yvelines). Les biographies sont aussi nombreuses et notamment celles de Stefan Zweig (1933) et d'Antonia Fraser (2001). Aujourd’hui, c’est Catherine Hermary-Vieille, romancière et biographe, qui s’intéresse à cette destinée hors du commun. L’auteur de livres comme « Le jardin des Henderson » (1991), « La bourbonnaise » (2001) [roman sur Jeanne du Barry] ou encore « La marquise des ombres » (2003) [roman sur la marquise de Brinvilliers] propose ainsi cette chronique dressant le portrait de la reine naissante jusqu’à sa chute. Vingt-deux chapitres correspondent chacun à une année respective de cette période allant de 1770 (« Deux enfants vierges ») à 1791 (« Les adieux à Fersen »), en passant par les épisodes du règne, la lecture du « Mariage de Figaro » par Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, l’« affaire du collier » [avec les services d’une prostituée du jardin du Palais Royal* (Paris) et ressemblant à Marie-Antoinette] et bien sûr la Révolution française. De nombreux personnages ponctuent le récit, comme son beau-frère le comte d’Artois (1757-1836), le peintre Elisabeth Vigée-Lebrun (1755-1842), la confidente Yolande de Polignac (1749-1793), sans oublier le comte suédois Axel de Fersen (1755-1810), l’ami intime dont la liaison consommée avec la reine n’est pas confirmée.

Pour conter ce récit, Catherine Hermary-Vieille s’est appuyée sur une sérieuse bibliographie citée en fin d’ouvrage avec notamment les sources « Correspondance secrète avec Barnave, 1791-1792 » de Marie-Antoinette et « Mémoires de Madame Campan, première femme de chambre de Marie-Antoinette » (1822).

Avec élégance et précision, la romancière raconte l’atmosphère à la Cour de Versailles, entre 1774 et 1794, autrement dit « Les années Trianon ».

Si ce livre est référencé sur ce site Internet, c’est que le personnage de Marie-Antoinette est lié à l’histoire des jardins du XVIIIe siècle. Ainsi, ceux-ci sont en filigrane dans le récit de Catherine Hermary-Vieille, à commencer par le domaine de Versailles* (Yvelines), détaillé au fil du roman. Ainsi est décrit l’automne 1771 : « En dépit des efforts de l’armée des jardiniers, des feuilles pourpres et mordorées dansaient dans les eaux frissonnantes du Grand Canal. Dans les parterres, pensées, chrysanthèmes, asters, héliotropes et cosmos remplaçaient les pois de senteur, les roses, les lys, les charmilles. ». Mais bien sûr, c’est Trianon qui occupe la plus belle part et qu’elle décrit comme un « lieu magique » pour Marie-Antoinette. La romancière précise qu’en 1774 « Pour le jardin, la reine était décidée à tout reprendre de zéro. Elle voulait un jardin anglais avec des bosquets, ses sentiers, ses ruisseaux, ses arbres rares et exotiques. ». Lieu d’insouciance pour la reine, elle y jouait « à de multiples jeux de plein air ou d’intérieur, jeux de croquet, de boules, colin-maillard, cache-cache. ». « D’incessants travaux embellissaient le domaine du petit Trianon. Le temple de l’Amour se construisait dans l’île, on ajoutait des espèces rares aux plantations, des fleurs exotiques dans les parterres. ». Ce même temple de l’Amour est inauguré en 1777 sur le thème d’une « fête galante ». Lors de celle-ci « A la tombée du jour, on avait allumé trois cents lanternes en verre rosé qui avait baigné le jardin d’une lumière féerique. L’orchestre installé sur la petite île, était vêtu à la chinoise de longues robes de soie brodées bleu saphir, rouge rubis, vert émeraude et jaune topaze. » Pour de tels événements associés à des achats de toilettes et des pertes au jeu, la reine coûtait cher au royaume, d’où son surnom de « Madame Déficit ». Parmi les moments heureux de son existence figure la visite d’Antoine Laurent Jussieu à Trianon en 1789 : « Sans se hâter, Jussieu avait admiré plus particulièrement les cyprès de Crète, les noyers d’Amérique, les acacias roses de Chine, les tulipes perroquets qui fleurissent par centaines dans les parterres, mêlées à des jonquilles et jacinthes lilas. A la reine, il donnait le nom latin de chaque plante, chaque arbuste. »

Autre jardin à l’honneur, le parc de Bagatelle* (Paris), né du pari de 100 000 écus entre la Reine et son beau-frère le comte d’Artois. Il portait sur la construction du Castelet de Bagatelle en 64 jours seulement, ayant conduit l’architecte François-Joseph Belanger (1744-1818) et le paysagiste écossais Thomas Blaikie (1750-1838) à s’investir pour obtenir un résultat remarquable. Lors du souper le 25 novembre 1777, la reine découvrait « un jardin à l’anglaise modeste mais dessiné avec un art parfait planté de fleurs et de plantes exotiques, un ruisseau, alimenté par des pompes, qu’enjambaient des ponts de pierre. ».

Encore un jardin présent au fil de cette biographie, le domaine de Saint-Cloud* (Hauts-de-Seine), pour lequel il est révélé que « Marie-Antoinette aimait cette propriété appartenant aux Orléans. Pas trop vaste, le château permettait une vie privée et, dans le parc qui descendait jusqu’à la Seine, la nature gardait ses droits avec ça et là de petits bois, des pelouses semées de fleurs sauvages, des bosquets de lauriers-roses. ». Son achat était même devenu pour la reine une obsession.

C’est en fait un portrait sans concession envers une héroïne royale qui pense davantage à elle qu’à ses sujets, dépensant sans compter par goût du luxe, avec un cur resté autrichien ou encore une attitude que le lui reprochaient les pamphlets parisiens. Ce portrait se lit avec plaisir grâce un style limpide et précis permettant de suivre la souveraine dans ses pas, son univers et peut-être son âme.

 

* Plus d’informations

Pour en savoir davantage sur les jardins cités dans cette notice, il suffit d’un simple clic sur les liens suivants :

Jardin du Palais Royal

Domaine de Versailles et de Trianon

Parc de Bagatelle

Domaine national de Saint-Cloud



© Conservatoire des Jardins et Paysages / avril 2010

 
432 pages - 22.00 €
     
   
   
   
 
   
 
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