Biblio (certains titres référencés peuvent être épuisés en librairie)     
 

Jardins de la Guadeloupe, l’art de l’improvisation

   
Auteur : Isabelle Specht
Editeur : Orphie
Date de dépôt : 2007

La Guadeloupe est un archipel des Petites Antilles françaises. Sur les différentes îles desquelles, plusieurs jardins publics et privés témoignent de la richesse paysagère et culturelle de ce département d'Outre-mer, méritant d'être valorisés. Tel est le propos de ce livre présentant une trentaine d'entre eux dont certains ne sont pas ouverts à la visite. Avant de passer en revue ces jardins, l'introduction de l'ouvrage revient sur la végétation locale, cette verdure ayant émerveillé Christophe Colomb. Aujourd'hui, la forêt primitive a disparu car la flore a notamment été modifiée avec l'introduction d'espèces originaires du continent américain. Les paysages sont toujours cependant remarquables avec notamment les plantes épiphytes colonisant les troncs d'arbres ou encore de véritables murs végétaux naturels. La valeur de ce site a généré la création du Parc national de la Guadeloupe en 1989. L'auteur s'intéresse aussi à l'histoire des jardins de Guadeloupe qui ont su la charmer, depuis les « ichali » (système de culture itinérant sur brûlis) des populations amérindiennes, en passant par les introductions des espèces fruitières par les Européens au XVIIe siècle, les « bitué » (espaces défrichés et cultivés en forêt) à partir des années 1960, les « jardins créoles », les jardins de case jusqu'aux jardins contemporains et l'apparition des parterres de gazon. L'art des jardins guadeloupéen ne suit pas de règles extérieures, mais est essentiellement basé sur l'histoire personnelle de leur propriétaire et leur instinct et est donc ancré dans un territoire et une culture. Cet art privilégie la végétation. Cette prépondérance est dévoilée dans les descriptions des jardins choisis par Isabelle Specht, avec à chaque fois un avis objectif sur l'état des jardins, leur entretien, leur devenir, leur besoin de réhabilitation. La première partie est consacrée à des flâneries dans les plus célèbres jardins de l'archipel et surtout ceux où l'auteur s'est le plus longtemps attardé comme l'incontournable étape touristique que constitue le jardin botanique de Deshaies*, ancienne propriété de Coluche à voir pour ses plantes extraordinaires, sa cascade, ses carpes koï, ses aras, ses flamants rouges... Autre site, le domaine de Valombreuse à Petit-Bourg est marqué par une grande variété de plantes, des serres, dans un parcours humoristique et poétique dans lequel des citations et versets bibliques rythment la visite. En pleine forêt, le parc des Mamelles à Bouillante propose un parcours avec passerelles dans les arbres, ponts suspendus pour découvrir lianes et plantes épiphytes, fougères arborescentes, balisier (Heliconia acuminata) et de nombreuses espèces animales sauvages menacées de la Caraïbe comme ratons laveurs, petits sucriers... Quant au jardin botanique de Basse-Terre, il a hélas sombré dans un état d’abandon. En 1992, le parc paysager de Petit-Canal a été créé, riche de quelque 300 espèces sur 1,7 hectare, continue de s'agrandir et mérite une visite notamment pour son jardin médicinal où les plantes sont étiquetées avec aussi leurs appellations créoles.

Un site cher à notre association est celui du jardin exotique du fort Napoléon* à Terre-de-Haut. Situé à 120 mètres d'altitude sur l'île des Saintes, l'ancien fort Louis, édifié en 1777, fut détruit par les Anglais en 1809 et reconstruit à partir de 1844. Dénommé fort Napoléon car reconstruit sous le règne de Napoléon III, il subit une nouvelle restauration dans les années 1980 à l'initiative de l'association saintoise de protection du patrimoine avec la création d'un jardin de succulentes selon l'impulsion de notre association, le Conservatoire des jardins et paysages. Depuis le chemin de ronde, l'architecture du fort s'apprécie ainsi que agaves, cactus, euphorbes, yuccas, aloès et têtes à l'anglais (Melocactus intortus). Aujourd'hui, le jardin vit grâce à une pépinière implantée sur place, mais les jeunes pousses doivent faire face à de terribles prédateurs, les iguanes, de plus en plus nombreux et symboliques des Saintes. D'autres sites sont décrits sur plusieurs pages avec de très belles prises de vues et gros plans sur les fleurs et fruits de leur palette végétale comme le parc de la Montagne aux Orchidées à Deshaies, le parc aux Orchidées à Pointe-Noire ou le parc archéologique des Pierres gravées à Trois-Rivières.

Dans la deuxième partie du livre, d'autres jardins, moins connus, sont aussi mis à l'honneur dans ce livre et présentent eux aussi de multiples intérêts que ce soit sur les plans botaniques, historiques, ou de leur entretien. Parmi ceux-ci figurent le jardin d’Eau à Blonzac, le jardin de Cantamerle à Capesterre-Belle-Eau, celui de l’habitation Bois Debout à Capesterre-Belle-Eau [fermé au public et où le prix Nobel de littérature Saint-John Perse (1887-1975) passa son enfance], celui de Malanga à Trois-Rivières ou encore l’arboretum de Montebello à Petit-Bourg.

Bien d'autres jardins sont à découvrir dans ces pages. Dans un épilogue, l'auteur propose un album photographique dédié à l'art du jardin populaire : art et fantaisies créoles, jardins poétiques, humoristiques, imaginaires, miniatures, éphémères, spirituels ou improvisés. Sculptures, écriteaux, murs peints, boîtes aux lettres, jardinières, bouquets sont autant d'expression de l'art guadeloupéen des jardins. Au fil des pages, photographies et textes permettent de découvrir la richesse et l'exubérance de la flore de ces jardins : Alpinia zerumbet, arbre à cornichons (Averrhoa bilimbi), cacaoyer (Theobroma cacao), fille de l'air (Tillandsia usneoides), fougère arborescente (Cyathea arborea), Heliconia caribea, Medinilla magnifica, pommier d'eau (Syzygium malaccense), pommier-liane (Passiflora laurifolia), Pseudobombax ellipticum, rose du Venezuela (Brownea grandiceps), tiaré (Gardenia taitensis), vanillier (Vanilla pompona), ylang-ylang (Cananga odorata)...

Les jardins cités dans l'ouvrage sont localisés sur une carte reprenant toutes les îles : Basse-Terre, Grande-Terre, La Désirade, Marie-Galante, les Saintes, mais aussi Saint-Martin et Saint-Barthélemy devenues collectivités d'Outre-mer depuis 2007. Ils sont repérés selon une classification en six catégories (domaine public se visitant pendant les horaires d'ouverture, domaine public libre d'accès, domaine public ouvert exceptionnellement au public, jardin privé se visitant pendant les horaires d'ouverture, jardin privé d'hôtel accessible aux clients et jardin privé ne se visitant pas) avec leurs coordonnées (adresse, téléphone et site Internet).

Nul doute que ce livre incite à partir en Guadeloupe et pour les amoureux de la flore antillaise pourront aussi se reporter à la lecture de « Plantes, milieux et paysages des Antilles françaises » de Claude Sastre et Anne Breuil également présenté sur ce site Internet.

* Plus d’informations

Pour en savoir davantage sur les jardins cités dans cette notice, il suffit d’un simple clic sur les liens suivants :

Jardin botanique de Deshaies

Jardin exotique du fort Napoléon



© Conservatoire des Jardins et Paysages / mai 2008

 
296 pages - 33.00 €
     
   
   
   
 
   
 
w