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Kerdalo, le jardin continu

   
Auteur : Erik Orsenna, Isabelle & Timothy Vaughan
Photographies - Illustrations : Yann Monel
Editeur : Ulmer
Date de dépôt : 2007

Kerdalo* à Trédarzec (Côtes d’Armor) est parmi les jardins contemporains de référence du patrimoine français, détenteur du label « jardin remarquable », décerné par le Ministère de la culture et de la communication sur des critères de composition, d’intégration dans le site, de qualité des abords, d’intérêts botanique et historique, d’entretien et de gestion.

Il est l’uvre du prince Peter Wolkonsky, personnalité reconnue parmi les botanistes, peintre et ami de Charles de Noailles et d’Harold Hillier. Ce Russe d'origine ayant quitté la Crimée en 1917 s'exile vers Paris, puis en 1926 à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine) où il entreprend un jardin qui devient trop petit. C'est alors qu'il jette son dévolu en Bretagne, sur un terrain accidenté de 17 hectares, un vallon menant vers le Jaudy, la rivière longeant la ville de Tréguier. En septembre 1995, un ouvrage était déjà consacré à ce jardin chez La Maison rustique : « Kerdalo, un jardin d’exception » d’Emmanuel de Waresquiel (d’après les propos de Peter Wolkonsky) et illustré de photographies d’Hélène d’Andlau, mais il est aujourd’hui épuisé. Heureusement ce nouveau livre remet ce site à l’honneur depuis le décès du prince en 1997 et après les travaux entrepris par sa fille Isabelle et son gendre Timothy Vaughan notamment après les dégâts causés par la tempête de 1999, particulièrement sur les conifères. C'est justement avec ce couple que l'auteur, Erik Orsenna, présente un site qu'il apprécie depuis plusieurs années, au fil d'une promenade photographique. Le benjamin de l'Académie française est en effet, outre un amoureux de la langue française, un passionné de jardins comme en témoignent son passé d’ancien président de l'Ecole nationale supérieure du Paysage et son livre « Portrait d'un homme heureux, André Le Nôtre, 1613-1700 » (2000). Le qualificatif de « continu » est adapté à ce site breton constamment irrigué grâce à l'eau de ses trois sources. Mais la continuité vaut aussi pour le travail accompli par Isabelle et Timothy Vaughan afin de poursuivre l'uvre du créateur. Dans la première partie du livre, Erik Orsenna retrace l'histoire du lieu à l'appui de quelques documents d'archives comme des dessins de Peter Wolkonsky ou des photographies en noir et blanc montrant différents stades des travaux du prince, mais aussi le travail de restauration de ses enfants comme le curage de l'étang en 2002 ou la replantation de la terrasse de 2002 à 2004. L'auteur rappelle l'achat de la ferme, sa transformation en manoir au cours de l'hiver 1965-1966, le déboisement, la canalisation des sources, le creusement de l'étang de près d'un hectare et les plantations et constructions successives. La seconde partie du livre est une visite du site depuis l'entrée de la propriété, en compagnie d'Isabelle et Timothy, dignes héritiers du prince. Isabelle s'est lancée dans l'horticulture à Wisley et a collaboré avec Martyn Rix, Peter Dummer et Roy Lancaster. Son époux a un parcours un peu similaire et est même passé par Kew ; il est l'auteur de la restauration du parc de Courson (Essonne). Les prises de vues en couleurs de Yann Monel montrent le jardin aujourd'hui avec ses fabriques et ses plantes. Parmi les éléments caractéristiques, se distinguent le porche, le pigeonnier restauré et surmonté d'un petit clocheton, les pavillons de pierre du jardin des quatre carrés, le canal avec son kiosque à l'esthétique d'une mini-pagode chinoise. La fontaine Saint-Fiacre ou encore la statue d'un cheval attendant qu'une sorcière vienne le chevaucher pour remonter la rivière, complètent l’ensemble. Un chemin géométrique sur une eau couverte de lentilles vertes permet d'accéder à la grotte édifiée à partir des pierres de l'ancien lavoir et orné de fresques de coquillages. Le jardin des quatre carrés est planté de massifs de vivaces délimités par des allées de gazon et un élégant damier composé de carrés engazonnés ou en calades réalisées avec des galets récupérés dans les environs. Les photographies pleine page sont accompagnées de commentaires sur les plantes, l'organisation et l'histoire des lieux voire des arbres, mais aussi les idées d'aménagement de Peter Wolkonsky et les pratiques d'entretien ou de taille. Ainsi, des allées sont tondues dans la prairie ou bien les souches des Gunnera sont protégées durant l'hiver grâce à leur feuillage retourné. Les prises de vues rendent surtout hommage aux nombreuses plantes du jardin comme les azalées et rhododendrons, la clématite des Baléares (Clematis cirrhosa balearica), la clématite du père Armand (Clematis armandii), les Cornus controversa 'Variegata', les érables du Japon, l'Exochorda 'The Bride', les fougères, le Geranium pratense 'Midnight Reiter', les hellébores d'Orient (Helleborus x hybridus), les lis des cafres (Schizostylis coccinea 'Mrs Hagarty') ou les grandes vipérines des Canaries (Echium pininana). Parmi toute la richesse du lieu, certaines plantes sont assez exceptionnelles comme le Pileostegia viburnoides qui selon l'éminent botaniste Franklin Picard serait le plus beau de France ou bien comme ce schefflera (Schefflera impressa) poussant ici étonnamment en extérieur ou encore comme le chêne-liège (Quercus suber). Pour chacune d'entre elles, les noms scientifiques sont donnés et quelques gros plans sur la palette végétale permettent d'imaginer l'utilisation à bon escient des plantes. Afin de localiser les différents espaces les uns par rapport aux autres, comme la vallée du haut ou la lande jaune, ou l'étang, un plan du jardin aurait pu cependant compléter cet ouvrage afin d'appréhender davantage sa composition. Néanmoins ce livre a le mérite de valoriser la survivance d'un jardin à son concepteur. Il aborde la succession, la transmission, la continuation pensée pour les générations suivantes avec les interrogations et les choix auxquels est confronté un jardinier afin d'anticiper la croissance ou la disparition de telle ou telle plante. Le texte montre comment un jardin évolue, inspire et est inspiré. En effet, comme le souligne Erik Orsenna, il n'est jamais question « de vol entre deux créateurs de jardins, à peine d'emprunts, de citations... », Isabelle Vaughan précise même « Pour faire un jardin, il faut se promener, voir d'autres jardins, prendre des idées, remplir des calepins et noter, tout noter ». C'est pourquoi ce livre incite à une promenade au fil des saisons dans le jardin d'un peintre, d'un botaniste, en un mot, d'un artiste.

* Plus d’informations

Pour en savoir davantage sur les jardins cités dans cette notice, il suffit d’un simple clic sur le lien suivant :

Jardins de Kerdalo



Conservatoire des Jardins et Paysages / mars 2008

 
176 pages - 29.00 €
     
   
   
   
 
   
 
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